Pagne africain et Pagne de Sanyaa : rencontre avec une jeune créatrice
Pagne africain et Pagne de Sanyaa : rencontre avec une jeune créatrice
Le pagne de sanyaa
04 juin 2018

A l'origine de cette toute jeune marque dédiée au Pagne africain, Hadja, 28 ans, vient de lancer sa quatrième collection, intitulée MASSAYA. Elle partage avec plaisirs les coulisses de son travail, sa démarche de créatrice. Et surtout, elle nous éclaire sur ce fameux pagne africain, dont on entend beaucoup parler sans en connaître vraiment l'essence.

Interviewer : peux-tu nous révéler l'histoire de ta marque, ses racines, puisque nous sommes bien dans l'histoire avec un petit et un grand H :

Hadja : La marque est fortement inspirée de ma maman. Le pagne de Sanyaa fait référence au pagne que ma maman me mettait sur le dos. On voit souvent les mamans africaines utiliser le pagne pour border leurs enfants ou tout simplement vaquer à leurs occupations. Je pense aussi à ce pagne que ma maman utilisait pour se vêtir lors des grandes occasions : mariages ou baptêmes. C'est ce même pagne qu'on lui a offert pour sa dot de mariage. Le pagne sert tantôt à sécher ses larmes tantôt à donner de la joie. Tel un fétiche, il traverse le temps, panse les plaies et calme les enfants.

Interviewer : d'accord, mais ce vécu ne t'est pas spécifique, qu'est-ce qui fait qu'on devient créatrice de mode ?

Hadja : Au sortir de l'adolescence, j'ai participé à une émission Tv destinée à révéler de nouveaux talents de la chanson. J'avais déjà cette envie en moi, de m'exprimer par l'art, en l'occurrence, le chant. Je précise aussi que mon papa était créateur de mode. Il m'a transmis sa passion, son savoir-faire. Le Pagne de Sanyaa est l'histoire d'une enfant, attachée à ses racines et attirée par la création artistique. Et la création, elle la côtoie tout de suite par le métier de son papa et plus tard, par cette expérience télévisée. Tout naturellement, j'ai commencé à travailler le pagne africain, une matière qui m'inspire. J'ai commencé à dessiner, imaginer des coupes inédites, etc ....

Interviewer : c'est là que la personne doit se poser la question du pagne africain, le tissu et du pagne qu'on voit autour des enfants ....

Hadja : Oui, parce que souvent, lorsqu'on parle de pagne, on visualise tout de suite un vêtement bien précis, léger que porteraient les habitants des pays chauds. On imagine une forme, un modèle type. Alors que le pagne africain est le textile, la matière traditionnelle qui peut ensuite être utilisée comme base pour créer tous types de vêtements, de la tunique au turban ou des accessoires. Ce qui fait la spécificité du pagne africain c'est avant tout une technique de tissage, le tapa qui nous vient des pygmées d'Afrique centrale. Ensuite, vient la question des motifs, et de la teinture. Ainsi, traditionnellement, on obtient la couleur jaune à partir de la racine de gingembre. Le noir sera issu du charbon de bois. Pour le bleu, par exemple, on utilise des feuilles d'indigo.

Interviewer : j'imagine quand même que tout cela s'est modernisé, à l'heure où tellement de choses sont fabriquées en Chine, par exemple ?

Hadja : oui, on trouve maintenant des déclinaisons du pagne africain en décoration d'intérieur : des plaids, des couvertures, de coussins, des couvre-lits. Evidemment, il y a des produits entièrement fabriqués à l'autre bout de la Terre, de façon moins traditionnelle. Mais, un de mes engagements - et je m'y tiens - était de travailler avec des artisans africains. Il est important de faire perdurer les savoir-faire. Je suis attentive au maintien de cette activité économique essentielle. Je t'invite d'ailleurs à te rendre à Abidjan et à visiter un atelier. Tu verras à quel point ce travail d'équipe, ce travail manuel est remarquable. Si tu regardes de près mes produits, chaque exemplaire est unique, puisque fait à la main et ça, c'est merveilleux

Interview réalisée en mai 2018 par Reborn Communication